LE VIETNAM
J’y suis, enfin. Le Vietnam. Ho Chi Minh, Saïgon pour les anciens. Première inspiration à la sortie de l’aéroport. Ma bouche se
remplit d’un air chaud et humide, presque étouffant. C’est parti. Aussitôt, un
homme m’entraîne dans un taxi, direction le centre-ville. Il me parle en
vietnamien, me sourit mais malheureusement je ne comprend pas. Par la fenêtre,
je contemple ce nouveau paysage. Tout est radicalement différent. Me voilà embarqué
dans une belle aventure, qui durera presque un an. C’est perturbant, ou plutôt
déroutant. Il n’y a plus aucun repère, tout est à découvrir. En l’espace de
quelques instants, je prend conscience que je deviens l’étranger dans un monde
qui m’est totalement inconnu. Pour l’instant. Mais je m’y sens bien.
Voilà donc une vingtaine de jours que je suis arrivé. Le début des
cours à l’université, l’emménagement, les affaires administratives et
ennuyantes, mais plus généralement la nouvelle composition des journées ont
fait que je me suis légèrement perdu.
J’ai pris seulement quelques photos, et assez rapidement je crois. Les
choses ont quelque peu changé. Premièrement, j’ai souvent entendu dire, par
des étrangers et vietnamiens, que les vols étaient très fréquents, et grosso modo que la simple sortie d’un
appareil photo était une prise de risque. C’est sans doute vrai. Si ce genre
d’avertissement nous permet d’être plus vigilant, il crée aussi une certaine
crainte, une certaine méfiance qui place le photographe sur la défensive. Et
alors il ne regarde pas ce qu'il faut. Heureusement, je crois que j'ai très vite chassé ce
coté paranoïaque.
En revanche, il existe une plus grande difficulté. Je connais peu ce
peuple, dont la manière de penser est radicalement différente, car bien que la
France, au temps de la colonisation, ait développé matériellement le pays, elle
a écarté l’aspect éducatif et intellectuel. Leur rapport à la photo me parait
difficile à cerner, même si ce n’est pas propre à une population, mais à des
individus. C’est juste un ressenti. Les regards sont différents, et si beaucoup sont amicaux, d’autres sont
gênants, peut être parce que je suis le touriste, de part mon envie de prendre
des photos, et l’étranger, de part mon allure. Mais surtout je ne parle pas
vietnamien. Or, la plupart des gens n’ont pas appris l’anglais. La langue se
dresse alors comme une barrière difficile à franchir (pas impossible, au fur et
à mesure que les cours de vietnamien défileront). Le contact devient évidemment
beaucoup plus compliqué, et si les quelques mots baragouinés, le langage des
signes et les sourires s’offrent comme une alternative, ce n’est pas suffisant.
Or, si à certains moments il est bon de prendre la photo sur le vif, sans
autorisation, afin de capturer la scène de vie, d’autres imposent de demander,
et alors échanger des mots facilite tout cela. Cela pour dire que j’ai sans
doute plus regardé la ville que je ne l’ai prise en photo. Mais ce n’est que le
commencement.
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